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Photo Youtta Mohn

Interview de Youtta Mohn, Opticien à Madagascar

Bonjour Youtta, alors, vous êtes opticien à Antananarivo ?

Bonjour, effectivement je suis opticienne à Antananarivo, j’exerce ce métier depuis 1989, en France puis à Madagascar depuis 1992.

En quoi ça consiste votre métier ?

Vous avez entendu parler de l’opticien comme « vendeur de lunettes », mais la vente n’est qu’une partie de notre activité !

Un opticien équipe en lunettes, lentilles, lunettes de soleil et différents accessoires (cordons, étuis, clips solaires, produits d’entretien). Il répare les lunettes si nécessaire. Il peut aussi effectuer une analyse visuelle et c’est également un manager (tâches administratives et financières).

Notre métier est pluridisciplinaire. Nous conseillons sur l’aspect santé paramédicale et esthétique. En tant que technico-commercial, l’opticien guide le client à trouver le produit qui lui conviendra le mieux, tout en tenant compte de ses besoins, des critères esthétiques et financiers. Nous réalisons les montages dans nos ateliers. L’opticien ajuste les lunettes à la livraison pour un bon maintien.

L’opticien propose les lentilles de contact (adaptation et vente) et des équipements en basse vision.

Depuis combien de temps vous faites ce métier / exercez à Antananarivo ?

Fille d’opticien, très jeune, je côtoyais ce métier. Je commençais par la confection de calibres (ce qui sert de « patron » pour tailler un verre). Le diplôme, je l’ai passé en alternance pour acquérir une expérience tout en étudiant. Après mon diplôme, j’ai eu l’occasion d’assister à une création et cogérer un magasin d’optique en région parisienne. En 1992, de retour à Madagascar, je travaille pour une entreprise familiale toujours dans le domaine de l’optique lunetterie.

De 1999 à 2014 avec un associé, nous créons Crystal’Optic. Depuis 2015, je dirige mon entreprise « 5SENSES ».

Comment se déroule votre travail ?

Notre métier regroupe à la fois contact avec l’humain, conseil sur l’aspect santé paramédical et esthétique, management. La personne ayant des difficultés pour voir clairement nous sollicite, soit elle arrive avec une prescription de l’ophtalmologue.

Dans le premier cas, nous lui conseillons de consulter un ophtalmologue, il nous arrive de faire un examen de vue subjectif.

Dans le deuxième cas, nous apportons au client les explications relatives à son amétropie, nous comparons la nouvelle et l’ancienne  prescription (si c’est le cas) afin d’évoquer avec le client l’évolution de sa vue. Nous conseillons sur l’équipement adéquat, en fonction de ses besoins, de son budget, sa morphologie. Une prise de mesures (écart inter pupillaire, hauteur par rapport à la monture) nous détermine le centrage des verres à effectuer. À ce moment il y a un process interne à suivre.

Nous réalisons le montage sur des machines automatiques gérées par nos techniciens. À la livraison nous ajustons la monture pour maintenir les lunettes correctement sur le visage du client. Le mécontentement du client peut être lié à un ajustage négligé qui l’obligerait à revenir. Après la livraison, notre service contactera le client pour le feedback.

L’opticien d’aujourd’hui est en mesure de répondre aux process de ses clients « sociétés », les mutuelles. Nous recherchons constamment les produits adaptés aux budgets de nos clients. Tous nos verres et montures sont importés aussi nous tenons compte de la parité variable de l’ariary.

L’opticien est également un entrepreneur qui gère en plus de son métier les volets administratifs et financiers.

Pourquoi vous avez choisi ce métier ?

C’est mon père, opticien lui-même qui m’a transmis l’envie de faire ce métier. Il y a d’une part un contact humain, de la technique, du design, du conseil, de la gestion. Aussi bien manuel qu’intellectuel ce métier est riche en activité. Permettre aux personnes de bien voir est une belle satisfaction.

Vous travaillez en équipe ?

Nous sommes une trentaine de personnes à travailler dans cette entreprise. Chaque maillon de cette chaîne a son importance.

Selon vous, est-il nécessaire de diagnostiquer la vue même si la personne ne présente pas encore de difficultés à voir ?

Excellente question ! Certaines amétropies sont compensées par l’effort du système oculaire pour voir correctement, ce qui fatigue les yeux. Sans le savoir nous pouvons avoir besoin de porter des lunettes, aussi, il est important de consulter un ophtalmologue une fois par an, particulièrement pour les enfants.

Quelles sont les contraintes liées à votre travail ?

L’optique, comme tout autre secteur d’activité, fait face à une concurrence non équitable tel le secteur informel, cela nous fait défaut. Pour les personnes non averties, un verre ophtalmique non conforme ressemble à un autre.

La comparaison des prix de produits non similaires induit en erreur le consommateur.

Tous nos produits sont importés, de ce fait les coûts subissent les fluctuations de la parité de l’ariary avec les devises étrangères.

Comment se passent les échanges avec les clients ?

Le contact avec la clientèle est fluide. Les conseils sont appréciés. Il est important pour tous les porteurs d’avoir un bon descriptif afin de faire le choix. Une paire de lunettes est un « investissement », le client a besoin d’être informé.

Un petit mot pour nos lecteurs ?

Être opticien, c’est autre qu’un vendeur de lunettes. Il vous conseille, réalise un travail minutieux, précis avec patience. C’est un métier qui permet de bien voir, quoi de plus agréable que de « bien voir » ?!